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Final Fantasy III

Ecrit par Potemkin le 19 mai à 00h26

S’il est un nom qui signifie quelque chose au panthéon des jeux vidéo en Europe, c’est bien entendu celui de la saga Final Fantasy. Lorsque l’on dit cristal, monde à l’agonie, héros de lumière, systèmes ingénieux et innovants, tout joueur qui se respecte pense immédiatement à Squaresoft (ou plus récemment Square-Enix). Peu de séries peuvent se targuer d’avoir réussi à faire rêver plusieurs générations, du gamer avéré au plus parfait néophyte avec autant de maestria. Alors lorsqu’on nous promet un épisode inédit en Europe remasterisé et spécialement étudié pour la DS, on ne pense qu’une chose : l’ère des RPGs sur Nintendo DS a bel et bien commencé, et c’est Square-Enix qui mène la danse.


Classique, mais efficace

Les Japonais s’y sont essayé il y a de cela 17 ans maintenant, un certain 20 Avril 1990. La sortie Final Fantasy III marquait l’apogée de la Famicom et des RPGs à l’époque. Après un portage annulé sur Wonder Swan en 2001, Square-Enix choisit comme support la DS, pour que le monde entier découvre la virtuosité de ce soft jamais réédité. Et un peu moins d’un an après sa sortie sur le sol japonais, 161 jours, soit près de 3 864 heures, 231 840 minutes ou encore 13 910 400 secondes après les Américains, le soft débarque en Europe.
Le jeu est là, sous nos mains fébriles. Le package, signé Yoshitaka Amano est magnifique. Dans un ultime effort, on retire à grande peine le blister qui entoure l’objet de tant de convoitises. On parcourt, sans vraiment le lire, le livret, pour se donner quelque contenance, et puis, n’y tenant plus, on insère la cartouche dans le port adéquat et soudain... la magie dont Square-Enix a le secret, nous submerge. La séquence d’introduction est magnifique, l’orchestration de Nobuo Uematsu est magistrale, le menu est racé, il nous tarde à présent de découvrir le jeu.
Le scénario prend encore une fois place dans un univers au bord du chaos. De nombreux tremblements de terre ravagent le monde, créant de gigantesques failles. Dans l’une d’elle, à proximité de son village, le jeune Luneth, premier personnage que vous allez incarner, découvre un étrange cristal. Ce dernier, doué de raison, et après avoir éprouvé le courage de Luneth, lui demande de réunir trois compagnons. À eux quatre, ils deviendront les héros de la lumière et auront pour tâche de restaurer l’éclat des quatre cristaux de lumière à travers le monde, pour chasser l’ombre qui le menace et ainsi rétablir l’équilibre.
On ne peut reprocher à l’un des premiers scénarii du genre de ne pas être original. Mais s’il est on ne peut plus classique dans son déroulement, il est pourtant loin d’être manichéen. On retrouvera un certain nombre de thèmes chers au scénariste Kenji Terada et réutilisés dans la plupart des Final Fantasy, que sont le rapport ambigu entre l’ombre et la lumière, le bien et le mal, l’innocence, l’immortalité, le monde des rêves, la folie, l’oubli et les responsabilités. Sur un autre plan, on retrouve ces mondes à la fois médiévaux et fantastiques dans lesquels cohabitent dragons, chocobos, mogs (première apparition pour les deux dans l’histoire d’un FF), technologies aériennes très avancées, anciennes civilisations pleines d’une sagesse perdue, augures et magiciens, et un nombre incalculable de détails qui confèrent à la série une grande cohérence et un cachet particulier.
Luneth, Arc, Refia ou encore Ingus, tous ces personnages qui constitueront votre équipe se montreront hauts en couleurs tout en étant très différents. Aventureux et courageux, timide et sincère, espiègle et doux, loyal et vertueux, tous possèdent des traits de caractère attachants et sauront devenir, au fur et à mesure de votre quête, de véritables héros dont on tire les récits.
Les personnages secondaires sont bien présents eux aussi, bien que relativement peu nombreux. Ils feront partie de votre quête pendant un temps plus ou moins long, mais chacun tiendra son rôle –importants – et ils pourront même vous sauver au moment où vous vous y attendrez le moins.
Le monde de Final Fantasy III est vaste et plein de dangers, puisqu’en déclin. Vous serez amené à visiter un nombre conséquent de villages, villes et donjons durant votre périple, vous croiserez le chemin d’un grand nombre d’ennemis différents, et, si vous ne connaissez pas déjà le scénario, vous rencontrerez même quelques rebondissements bien sentis. À tous ceux qui pensent que les jeux des précédentes générations de consoles présentaient un gameplay original, pour ne pas dire hors du commun, mais des histoires basiques, souvent frustrantes, Final Fantasy III DS, fidèle adaptation de l’opus Nes, leur prouvera le contraire.

Y’a pas de sous métiers ma bonne dame !

Qui dit Final Fantasy dit optimisation des personnages plus ou moins originale et innovante. Vous n’aurez pas droit à une véritable révolution du genre, mais tout cela est sobre, efficace et véritablement prenant.
Originellement, Final Fantasy III avait su introduire le système de métiers dans l’évolution des personnages. S’ils étaient présents sans vraiment l’être dans les opus précédents – à savoir Final Fantasy I où l’on pouvait incarner moine, mage blanc, noir, rouge, voleur ou encore guerrier et le II dans lequel le joueur était relativement libre –, il est ici poussé à son paroxysme et permet de totalement paramétrer son équipe selon les besoins. Il faudra d’ailleurs vous montrer flexible pour parer à certaines éventualités. Car le jeu est loin d’être facile, et une équipe efficace devra être polyvalente, et les métiers, interchangeables.
Les métiers ne seront pas tous accessibles au début de votre quête. Il vous faudra rendre aux cristaux leur éclat d’origine pour prétendre les utiliser. Vous pourrez débloquer pas moins de 26 jobs tout au long de l’aventure (plus un bonus). Rappelez-vous toujours que changer de métier entraînera un handicap pendant un nombre de combats variables, ce qui peut se révéler problématique si vous désirez utiliser un magicien plutôt qu’un voleur contre un boss particulièrement réticent. Le nombre de combats dépend de l’affinité entre l’ancien métier que vous souhaitez abandonner et le nouveau qu’il vous ferait plaisir d’essayer.
Mais à quoi sert un métier finalement ? C’est très simple en fait. Chaque métier confère à votre personnage une habilité particulière qu’il pourra utiliser en combat (et même parfois en toutes circonstances, selon la magie qu’il vous reste). On retrouve d’une manière générale toutes les spécialités de la série : le saut des chevalier dragons, invoquer la puissance des dieux avec les invocateurs, user de la magie avec les divers mages, lancer des objets avec les ninjas... Le nombre de possibilités est tout simplement énorme.
Enfin, notons que changer de métier possède un autre atout : il vous permet de relooker votre personnage. Et croyez moi, parfois, ce simple fait permet de préférer tel protagoniste plutôt que tel autre pour le choix d’un job, au delà de toute considération raisonnable et logique. Pour exemple, Arc que l’on destinerait plutôt à devenir mage, est bien plus convaincant qu’Ignus en moine dont la spécialité est l’attaque physique. Comme on le dit dans ce genre de cas : « le coeur a ses raisons que la raison ignore ».
Pour le reste de l’interface, on ne note aucun changement particulier. Un menu clair, qui vous permet de déterminer le rang qu’occuperont vos personnages au combat –vous aurez le choix entre première et seconde ligne–, de classer les objets, les magies, de voir le statut de vos personnages, le temps de jeux, votre argent... Bref, un menu tout ce qu’il y a de plus classique, mais qui a fait ses preuves. On n’en attendait pas moins de toute manière. Soulignons qu’il est encore une fois impossible de sauvegarder ailleurs que sur la carte du monde. Pas le moindre petit point de sauvegarde au sein des donjons.
Pour les combats, idem. Vous aurez le droit de combattre au tour par tour. Le tout reste très agréable et on se prend rapidement à monter de niveau sans véritables raisons. Il est plaisant, lorsque l’on a quelque peu monté en niveau, de constater que l’on peut faire des enchaînements de 24 coups ! Montrez-vous tout de même prudent contre les monstres d’une manière générale, car tous ne sont pas aisés à vaincre et certains pourront vous révéler de biens mauvaises surprises, surtout si vous avez oublié de sauvegarder récemment.

Puisqu’il faut parler technique…

D’un point de vue technique, Final Fantasy est irréprochable, comme le sont la majorité des jeux estampillés Square-Enix. On avait beau s’y attende, le jeu est impressionant. Enfin, magique conviendrait mieux. Les graphismes ne sont plus vraiment une surprise après le nombre d’images dont nous nous sommes abreuvés pour tromper l’attente. Pourtant, on ne peut s’empêcher d’admirer le travail effectué. Les personnages sont mignons, sans être grotesques, les décors sont jolis et recèlent d’un certain nombre de détails. Pour ne pas fatiguer le moteur 3D de la console, la plupart sont de simples sprites, mais suffisamment beaux pour qu’on n’y prête pas attention outre mesure. Les textures sont riches, belles, et la plupart soulignent de manière plaisante la 3D sur laquelle elles sont appliquées.
Les animations sont à l’image des graphismes : élégantes et sans prétentions. Les modèles physiques des personnages sont soignés, et leurs gestes sont fluides et précis. Les animations sont variés, et l’on sera agréablement surpris de voir que les protagonistes disposent de quatre manières différentes de taper durant les combats … non pas que cela change quoi que ce soit aux dommages infligés d’ailleurs. Le jeu ne subit jamais le moindre ralentissement, c’est un vrai plaisir. Les développeurs de chez Square-Enix prouvent encore une fois qu’ils savent parfaitement exploiter les capacités de la DS au moins aussi bien que les studios de Nintendo.
Enfin, au niveau des effets de lumières, le spectateur/joueur est comblé. Tous les effets sont magnifiques. À la fois dynamiques, superbement rendus, réfléchis... La DS ne bronche pas le moins du monde lorsqu’elle affiche les invocations, à peu près aussi jolies que celles d’un Final Fantasy VIII.
En ce qui concerne les monstres, ils sont assez variés et se déclinent, lorsque vous avancez dans la découverte du monde, en plusieurs couleurs. Là encore, on remarque le travail des designers et l’on est parfois surpris de rencontrer des monstres bien connus de la série (même si l’on regrette qu’il n’y ait ni Pampa ni Tomberry...).
Enfin, il sera possible de zoomer sur les décors pour découvrir des objets dissimulés ou des interrupteurs secrets, preuve étant que les développeurs ne rechignent pas à montrer la finesse de leur travail. On en redemande !
En ce qui concerne l’orchestration, la DS sature quelque peu pour la musique d’introduction, mais celles présentes dans le jeu, de qualité inférieure, sont toutes mélodieuses et plaisantes. Souvent discrètes, parfois vraiment agréables, aucune ne choque l’oreille, et ce n’est pas sans une certaine nostalgie que l’on réécoute certains thèmes de la série, arrangés pour les capacités audio de la DS. De même pour les bruitages. Rien de vraiment transcendant, mais on retrouve avec plaisir certains effets présents dans l’interface de tout Final qui se respecte depuis des années, ajoutant encore à la cohérence de la saga. Rien que du très bon donc.

Le poids du passé...

Passons au sujet qui fâche à présent : les défauts inhérents à la série et plus précisément à cet opus. Car, ne nous voilons pas la face, il y en a. Le premier, et non des moindres, étant qu’il s’agit d’une adaptation très fidèle du jeu original. Et cela se ressent dès les premières heures de jeu.
Les répercussions sont nombreuses. Entre autre, on notera la structure des villes, qui reste strictement la même du début à la fin. On y retrouve continuellement une forge, une armurerie, une église, des magasins d’objets et de magies, une auberge et un bâtiment dans lequel se jouera un point précis du scénario. Nous n’aurons pas le droit à des méga structures à la Final Fantasy VI, des cités colossales dans lesquels se déroulait une grande partie de l’aventure comme dans tous les épisodes depuis le VII, ou des lieux tout à fait annexes et sans autre raison d’être que d’accomplir des quêtes subsidiaires. Le jeu est donc victime de son argument de vente en Occident. De là découle aussi une grande linéarité. On avance dans l’histoire sans vraiment se poser de questions. On enchaîne les donjons, les villes, puis d’autres donjons encore et toujours. Pourtant, le jeu est suffisamment addictif et le système de jeu bien pensé pour que cela ne dérange pas le joueur outre mesure. Ce n’est que rétrospectivement que l’on s’en aperçoit.
Le fait que le jeu soit une adaptation entraîne un autre aspect plutôt désagréable : le jeu est relativement court pour un RPG et surtout pour un Final Fantasy. Vous n’aurez pas le droit à un nombre incalculable de quêtes annexes qui font le charme des RPGs actuels tant par leur diversité que par leur difficulté. On regrette donc quelque peu de ne passer qu’une trentaine d’heures pour finir la quête principale et environ cinq à dix de plus pour tuer l’ennemi ultime. Pourtant, le jeu est vraiment dur. On doit souvent réorganiser son équipe pour faire face à un boss, et l’on y arrive que très rarement en bon état. La difficulté pourra d’ailleurs en rebuter plus d’un, même si elle ne fait, à mon humble avis, qu’ajouter au challenge et au piquant du titre.
Le monde aussi, dans son ensemble, n’est pas très varié. Les civilisations sont assez semblables. Les lieux ne sont pas tributaires du climat, de la situation géographique ou encore d’une évolution relativement différente. Ce n’est certes pas capital, mais c’est un peu dommage.
D’une manière générale donc, c’est la profondeur du jeu et du scénario qui sont mis à mal. Et si l’excuse de l’adaptation est sûrement une circonstance atténuante, elle n’est cependant pas suffisante, à l’époque où nous sommes, pour que nous puissions tout pardonner. Comme nous allons le voir pourtant, les programmeurs se sont efforcés d’exploiter les capacités de la DS pour nous proposer un challenge des plus intéressant.

Les petits plus qu’on apprécie toujours

DS oblige, Final Fantasy III utilise certains aspects non négligeables de la DS. Pour commencer, il vous sera possible de jouer de manière classique, ou au stylet. Et cela se révèle particulièrement plaisant lors de combats ou dans les menus, comme nous avons pu le constater dans nombre de jeux avant celui-ci. On évolue dans l’interface sans difficulté, avec souplesse même, et rapidité, et l’on préférera bien vite la manipulation tactile à celle classique, moins intuitive. Pas d’innovations particulières de ce côté là, mais on salue l’initiative et la possibilité de choisir.
Après, il y a le système de mog-poste déjà présent dans Final Fantasy IX, mais plus évolué ici, puisque qu’il tire ici avantageusement partie de la connexion à la NWC. Dans un premier temps, il vous proposera de communiquer (assez sommairement, mais tout de même), avec divers personnages secondaires rencontrés dans le jeu. Ensuite, lorsque vous aurez obtenu votre code ami et que vous l’aurez échangé, il vous suffira d’envoyez une lettre rédigée par vos soins à un ami pour entamer une correspondance. Mais le système ne se résume pas à un simple échange de bons mots. En effet, une fois que vous aurez réuni le nombre de contacts requis, vous débloquerez quelques bonus fort sympathiques, qui rehaussaeront la durée de vie du jeu de quelques heures, le temps de s’essayer à une nouvelle classe, de débloquer l’ensemble des armes de la forge de Blacksmith et d’accomplir les quêtes annexes qu’on nous propose alors. À ce niveau là donc, on peu attribuer une mention spéciale à l’équipe de développement, qui ne propose toutefois pas d’alternatives à tous les malchanceux qui n’auraient pas la possibilité de se connecter à domicile.

Fantaisie finale

Pour finir, et pour résumer un peu tout ce qui a été dit, Final Fantasy III est un jeu que tout amateur de RPGs ou de bon jeu doit posséder. Même si d’autres viendront certainement dans quelque temps avec la prétention de le détrôner, même s’ils y arrivent, même s’il possède une durée de vie relativement « faible », même si certains aspects peuvent choquer à posteriori, il possède plus d’un atout pour largement faire pencher la balance du côté positif. Il est beau, magique, bourré de talent et d’ingéniosité, intéressant, riche, profond, inédit... Vous aurez compris que même si Final Fantasy III est victime de son adaptation trop fidèle, il possède bien plus de qualités que de défauts et les développeurs ont ainsi su pallier à un certain manque en tirant avantage de ce que pouvait nous offrir la DS. Encore une fois, Square-Enix nous prouve qu’ils sont les maîtres du genre et que ce sont eux qui fixent les règles en matière de RPGs. Ce sont encore eux qui font et vont faire la pluie et le beau temps dans le paysage vidéoludique de la DS dans les mois à venir. Devant un tel investissement dans la console de Nintendo, devant une telle débauche de moyens et de génie, on ne peut que conclure en leur disant un grand bravo, et encore merci !

Note final : 5,5/6

Les points forts :

  • L’épisode manquant dans la ludothèque de tant de joueurs
  • Marque le début de l’âge d’or tant attendu de la DS
  • Des graphismes magnifiques
  • Une expérience unique et magique
  • Le système de « jobs »
  • Une cinématique d’introduction à se damner
  • La mog-poste


Les points faibles :

  • Une durée de vie relativement courte
  • Une adaptation peut-être trop fidèle et sans véritable génie pour notre époque
  • Il nous aura fallu attendre si longtemps...

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• Final Fantasy III


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