Ecrit par
Potemkin le 16 février à 19h42
Seiken densetsu 3… Tous ceux qui s’y sont essayés s’en rappellent, émus, comme l’un des meilleurs Action-RPG, toutes consoles confondues. Pour les néophytes, il s’agit de Secret of Mana 2, édité sur Super Nes et jamais sorti en Europe, malgré l’engouement suscité par le premier opus. Le temps a passé et l’univers de World of Mana a évolué. Aujourd’hui, il se dote d’un nouvel épisode sur notre portable chérie : Children of Mana. Et effectivement tous les éléments de la série sont là. Pourtant, cette fois, le mélange ne prend pas. Explications :
The world of Mana
Ils sont un peu bêtes chez SquareEnix tout de même. Ce n’est pourtant pas dur ! Tout ce que les fans attendent, c’est une suite digne de ce nom à Secret of Mana. Au lieu de quoi l’on s’évertue à nous décevoir. Pourtant la série commençait fort. The World of Mana, appellation de l’univers de la série des Mana, encore considérés comme les meilleurs action-RPG, s’est toujours montré onirique, sans être niais, magique et envoûtant, parfois enfantin même, sans jamais tomber dans la mièvrerie. Les scénarii se montraient même souvent d’une gravité sans nom. Ce monde s’est constitué d’une base solide autour d’un bestiaire original, d’objets souvent décalés, d’un système de magie simple et efficace, de personnages récurrents relativement attachants, du multijoueur, qu’il ne faudrait surtout pas oublier et qui rajoutait encore à la convivialité… Puis est arrivé Sword of Mana qui figurait comme une très jolie réédition de Mystic Quest sur Game Boy. On était pourtant en droit d’attendre plus de cet épisode. Exit la carte du monde, aucune crédibilité politique ou géographique (pour que je le souligne, imaginez que cela avait tout de même son importance), plus de multijoueur… Pour de nombreuses raisons, Sword of Mana était un « beau » ratage, mais un ratage tout de même. Alors lorsqu’on nous en propose une suite, forcément, on tremble. Et l’on a raison d’ailleurs.
Regarde le, mon monde
Allumons donc notre DS avant de porter un jugement péremptoire sur ce jeu. Car d’un point de vue esthétique, il est difficile d’être déçu par cet opus. L’introduction est très jolie, le village dans lequel vous serez amené à revenir est une véritable petite peinture, et pour le reste, c’est du Mana. Cependant, nous ne sommes plus dupes, après avoir joué à Sword of. Pour ce qui est de l’histoire, elle prend place dans le village de Mana, village constitué de rescapés du cataclysme qui ravagea le monde quelques dix ans plus tôt. Vous êtes l’un d’entre eux, et vous devrez à cette occasion choisir entre 4 protagonistes différents. Chacun est, comme on l’imagine, doté de capacités propres. Du personnage polyvalent au magicien en passant par la grosse brute, rassurez-vous, il y en a pour tous les goûts. Alors que la vie s’épanouit à nouveau en ce monde et que l’espoir renaît, d’étranges événements surviennent au sanctuaire de Mana, temple dédié à la Déesse de Mana incarnée dans l’arbre de Mana. Tandis que vous enquêterez sur ces phénomènes et l’apparition de monstres, vous ferez la rencontre d’un inquiétant individu qui n’aura pour seul et unique but que de détruire ce monde encore fragile. Réjouissant n’est-ce pas ? D’autant que l’équilibre temporel du monde est lui aussi rompu et que vous serez amené à combattre le mal tant dans le passé que dans d’hypothétiques futurs. À l’écrit, ça rend pas mal. Pourtant, ce scénario lacunaire assez facile est plus que critiquable dans la pratique. En premier lieu, alors que cela semble aller de soi dans un Zelda par exemple, on se demande ici pourquoi on est le héros. Et ça, quoi qu’on en dise, ce n’est pas normal. Certes, on a été choisi par l’épée de Mana, certes, c’est toujours nous que le méchant (chez qui l’on dénote une certaine classe d’ailleurs tant qu’on en parle) retrouve sur son chemin, mais malgré cela, on n’y croit pas deux secondes. Ensuite, ne vous attendez pas à un rebondissement de dernière minute ou quoi que ce soit. Pour faire simple, l’histoire est cousue de fil blanc du début à la fin. Pire ! On a l’impression que la série use jusqu’à la corde tous ses principes sans se renouveler ! On sombre dans le manichéisme le plus primaire et l’on n’en sort pas.
Un Action-RPG dîtes-vous… ?
On avait bien senti avec Sword of Mana que les développeurs essayaient de changer l’orientation du jeu et le gameplay. C’est désormais chose faite. Disons… Qu’ils ont fait un choix, mais que ce n’est pas forcément le bon. Si vous attendiez une épopée magistrale pleine de rencontres, de dangers, de richesse, passez votre chemin. Car Children of Mana n’est pas un Action-RPG, mais bel et bien un Donjon-RPG. Du coup, les dialogues tourneront très vite en boucle, vous connaissez dès le début l’ensemble des personnages qui peuplent votre village (le seul auquel vous aurez accès) et vous ne ferez plus que combattre dans des donjons pas très originaux pour affronter des boss et monter en expérience. Le plus étonnant, c’est qu’alors que Sword of était résolument destiné à se jouer seul, le seul intérêt de Children repose sur le multijoueur. Dans le mode un joueur, on se sent pire que seul. On attend sans trop y croire que les autres héros que l’on pouvait incarner viennent nous porter main-forte. Pour autant, ne me faîtes pas dire ce que je n’ai pas dit. On s’amuse à rentrer dans les ennemis à l’aide des différentes armes (pour les citer : Épées, Marteaux, Chaînes et Arcs) et/ou des 8 magies élémentaires à notre disposition. Et pour pimenter le tout, vous pourrez modifier vos capacités à l’aide d’un gemmier. Les différentes gemmes à votre disposition boosteront, au choix, vos capacités physiques, magiques, sociales (…) vous conféreront des attaques supplémentaires ainsi que des résistances à divers effets. Mais on cherche tout de même l’intérêt de tant de violence. De plus, le système pêche par bien des aspects. On se demande par exemple ce que voulaient les developpeurs lorsqu’ils ne nous autorisent à sauvegarder que tous les quatre étages des donjons et nous refusent strictement de changer d’équipement ou de magie pendant ce laps de temps. Le joueur se sent limité, tant dans ses actions que dans ses choix.
Heureusement qu’à deux, c’est mieux !
Et à quatre, je n’ai pas essayé, mais gageons que c’est potentiellement poilant. Pour peu que vous incarniez des personnages très différents, l’intérêt à plusieurs est décuplé. Les magies de soutien servent enfin, on comprend l’utilité de certaines gemmes qui vous permettent d’appliquer l’effet de tel objet à l’ensemble de l’équipe, et votre pouvoir destructeur décrit une courbe exponentielle croissante. De plus, la légitimité de récupération de tel ou tel objet permet toujours de réjouissantes prises de bec. À plusieurs, on peut enfin tirer toute la quintessence du jeu et de son personnage. Un magicien n’aura plus à se prémunir des dégâts directs et un guerrier pourra se focaliser sur le combat, par sur la régénération de PV. On pourra toujours chipoter en trouvant que les décors auraient pu être exploitables, que l’on ne dispose pas d’assez d’attaque, que la magie est limitée. Tout cela est vrai et vraiment gênant en solo, mais s’estompe quelque peu en multi. Reste que les attaques spéciales ne sont pas assez impressionnantes et dévastatrices et que d’augmenter son niveau en magie n’en change pas le sorts mais uniquement les dégâts qu’ils infligent.
Conclusion
Pour conclure, Children est dans la droite lignée de Sword of Mana : une belle déception. Allant de graphiquement beau à convenable, on apprécie certaines intentions comme des animations qui ponctuent votre quête, le principe du gemmier, le multijoueur qui permet de vraiment s’amuser. On ne peut cependant oublier les trop nombreux défauts : un monde bâclé, un scénario qui brille par son manque d’originalité, un système de jeu qui a le mérite de marquer une césure avec ce que l’on connaissait mais de façon moins brillante qu’un Final Fantasy Cristal Chronicles ou un Shining Soul et la trop grande répétitivité finiront de vous convaincre que Children n’est pas un bon jeu. Achat totalement inutile si vous êtes le seul possesseur d’une DS que vous connaissiez, Children of Mana se révélera tout de même sympathique en multi. Pour autant, cela vaut-il le coup de l’acheter si l’on considère l’impact moral de ce soft ? Qui ne serait pas déçu de voir une si belle série sombrer dans le nombrilisme, sans écouter ce que réclament les fans à cœur et à cris ? Notez qu’il y a tout de même un point positif dans cette histoire : le prochain épisode ne pourra être que meilleur !
Note finale : 3/6 en solo et 4/6 en multi
Points forts :
- Le gemmier
- Le multijoueur
- les graphismes pour tous ceux qui apprécient la belle 2D
Points faibles :
- Un scénario qui brille surtout par son manque d’originalité
- Manque d’intérêt en solo
- Très répétitif, à partir d’à peu près 3 heures !
- La suite du déclin d’une des meilleures séries de RPG